Rive-Gauche du Rhône à Lyon : la Part-Dieu à Travers les Âges
ⒸMaud ROY
Rive-Gauche du Rhône à Lyon : la Part-Dieu à Travers les Âges
ⒸMaud ROY
l’ANCIEN FAUBOURG de la GUILLOTIÈRE
Figure 1: Carte de la Guillotière en 1700 (Archives Départementales du Rhône, fonds Léon Galle, B 659).
Du point de vue géographique, la Guillotière était limitée à l’ouest par le Rhône, dont les lônes s’enfonçaient profondément dans le territoire, et du nord au sud par les bourgs de Vaulx-en-Velin, Villeurbanne, Bron et Vénissieux. Elle occupait donc tout l’espace des 3e, 6e, 7e et 8e arrondissements actuels.
Ce faubourg a été annexé à la ville de Lyon en 1852, il faisait auparavant partie du Dauphiné et du Mandement de Béchevelin dont la tour du même nom représentait l’autorité.
représentation de la Tour Béchevelin sur un plan datant du XVIIe siècle.
Cette tour se trouvait à proximité de la rue Béchevelin dans le 7e arrondissement, à l’emplacement exact de la miroiterie Targe. Du point de vue juridique, ce faubourg a d’abord dépendu de l’Empire, puis du dauphin de France. En 1336, un accord fut passé confiant la haute justice à l’archevêque de Lyon, pourtant le dauphin garda des prérogatives sur cette terre et ce jusqu’à la Révolution. Avant le XIVe siècle, l’archevêque possédait quelques droits sur la Guillotière puisque Jean de Bellesmains mit en place la tour Béchevelin vers 1180. Jusqu’au XVIIIe siècle, il n’exista qu’un seul pont, situé à l’emplacement du pont de la Guillotière et pour passer sur l’autre rive il fallait s’acquitter du droit de péage. Ce droit fut aboli vers 1860 par ordre de l’empereur Napoléon III en remerciement de l’accueil qu’il reçut dans ce faubourg.
Jusqu’au XIXe siècle, la Guillotière fut une sorte de grenier à blé de la ville de Lyon, elle possédait un très bon terroir, grâce aux inondations du Rhône qui venait déposer un limon fertile. Un auteur du XVIe siècle, Nicolas de Nicolay qui a rédigé une description du Lyonnais et du Beaujolais, disait que la Guillotière était «un bon pays à bled». Outre des champs, ce territoire comprenait un quartier urbain, autour de la rue de la Madeleine et des dizaines de sites seigneuriaux. La raison de l’implantation de ces résidences à la Guillotière est de pouvoir profiter de cette bonne terre et en retirer des revenus considérables. C’est pourquoi, déjà au cours du XIVe siècle, des monastères ont implanté des granges seigneuriales comme celle de Gerland par l’archevêque et celle de la Grange d’Ainay par le monastère du même nom. L’archevêque et le chapitre possédaient d’autres granges comme celle des Tournelles ou de la Tête d’Or, mais leurs constructions sont plus tardives. Puis, au cours des XVe et XVIe siècles d’autres abbayes et des laïcs les imitèrent. Sur la trentaine de résidences repérées pour ce territoire, existant à la fin du XVIIe siècle, plus de la moitié ont ce statut, mais la Guillotière comprenait aussi des maisons nobles, comme la-Mothe, des maisons fortes, comme la Buire, Champagneux ; la Tour Béchevelin avait le statut de château et était à la tête du mandement. Au cours du XVIIe et du XVIIIe siècles, des monastères tentèrent d’accaparer un grand nombre de résidences seigneuriales et ce fut le cas de celui de Saint-Elisabeth-de-Bellecour pour la Mothe, qui à force de donations et d’achats, pu en être totalement propriétaire en 1686.
En dehors des résidences et de leur terroir, les masures et le quartier de la Madeleine étaient d’une grande pauvreté. Les artisans ayant des échoppes étaient misérables. Des prud’hommes organisés en une sorte de municipalité géraient cette population. La délinquance était très importante sur cette rive du Rhône, elle le fut longtemps jusqu’à l’annexion de la ville de Lyon en 1852. Les Lyonnais aimaient venir se promener à la Guillotière et bon nombre d’entre eux se faisaient détrousser par des individus appartenant à de véritables bandes. Comme il n’existait aucune force de police réelle pour ce territoire, ces personnes agissaient en toute quiétude.
Document des archives municipales précisant la volonté de planifier la rive gauche du Rhône par l'Hôtel Dieu du Pont du Rhône (2NP402)
Les administrateurs de l’Hôtel-Dieu du Pont du Rhône récupérèrent par donations un grand nombre de résidences et de terrains de la Guillotière, dont la grange de la Tête d’Or, la Blancherie, Saint-Lazare, l’Émeraude. Ils eurent l’intention, à la fin du XVIIIe siècle, de lotir et d’organiser selon des lignes directrices l’ensemble de leurs propriétés et c’est ainsi que le quartier des Brotteaux fut mis en place. Il faut savoir que tout le territoire de la Guillotière devait être organisé en lots réguliers. Des terrains qui n’appartenaient pas à l’Hôtel Dieu du Pont du Rhône entraient dans cette perspective. Les lots étaient nommés par des lettres et c’est encore en référence à cette projection que les urbanistes désignent les terrains de la rive gauche, surtout pour les 6e et 3e arrondissements.
À la Révolution, des gardes nationaux dirigeaient la municipalité de la Guillotière, acquise aux nouvelles idées. Afin de mieux diffuser les idées révolutionnaires, ces gardes nationaux acceptèrent que la ville de Lyon annexe ce territoire en 1791. Mais en 1793, ces hommes révolutionnaires pensèrent que la seule solution pour changer l’état d’esprit des Lyonnais était la force. De sorte que la Guillotière reprit son indépendance et des boulets furent tirés à partir de ce territoire sur l’autre rive.
En 1832, le Ministère de la Guerre mit en place une ligne de forts dans Lyon et ses faubourgs et quatre structures défensives furent installées, dont le fort des Brotteaux et celui de Villeurbanne (Montluc).
En 1852, ce faubourg fut réellement et de manière définitive annexé à la ville de Lyon et constitua le 3e arrondissement.
En 1865, le 6e arrondissement fut créé à partir du morcellement par le nord du 3e. Cette création du conseil municipal de la ville est la conséquence de trois raisons. Premièrement, il y avait un accroissement considérable de la population de ce côté de la rive du Rhône. Deuxièmement, le conseil municipal estimait que cet arrondissement était habité par des populations différenciées par «l’argent, la politique, le caractère et les habitats». Cette différence était géographiquement visible avec au nord des gens très aisés, tels que des commerçants, des financiers et des rentiers et au sud des ouvriers travaillant dans des industries plus ou moins importantes. Et enfin, ce vaste arrondissement ne comprenait qu’une mairie ce qui ne convenait pas à sa dimension et constituait une perte de temps pour les administrés. Mais entre ces trois raisons, celle qui a eu le plus de poids pour la création du 6e est la deuxième, car la municipalité de l’époque considérait que «la physionomie disparate des plus tranchées de la population motiverait à elle seule la division administrative de l’arrondissement».
En 1919, le 3e fut à nouveau morcelé pour former le 7e, mais là la raison provient de l’importance de la population de l’arrondissement d’origine.